No meat, no cry ?

Mis à jour : 17 déc. 2019

Le film "The game changers" ouvre à nouveau le débat du "avec ou sans viande". Si beaucoup le jugent très convaincant, je reste personnellement perplexe et déçu par les messages véhiculés.


Le film dure 1h25 et il y a beaucoup à en dire. Je me focaliserai sur 5 points seulement :


1) Le message général

2) Les études citées

3) Les témoignages de sportifs

4) L'argument écologique

5) L'argument éthique




Le message général

Le film tente de démontrer qu'un régime à base de plantes uniquement est supérieur à un régime contenant des produits animaux, tant pour la santé que pour les performances sportives et l'écologie.


Le film ne fait pas de distinction entre la nourriture à base de plantes transformée/industrielle versus de qualité. Or on peut manger sans viande et ne manger que de la "junk food".


Au delà du débat viande/pas viande, influencer les gens à manger sans produits animaux sans mise en garde, c'est prendre le risque qu'ils compensent par :

- des produits ultra transformés, issus du cracking*, dont la consommation augmente.

- des produits que nous sur-consommons déjà, entrainant notamment surpoids et diabète : pommes de terre, pain, pâtes, riz, céréales, biscuits, etc.


Les études citées

On peut trouver des études pour dire tout et son contraire. Si on cite une étude, il faut s'assurer de sa fiabilité (qui la finance, quelle méthodologie) et interpréter correctement les résultats de l'étude. Le film pêche à plusieurs reprises par rapport à ces critères et cela conduit à la désinformation. Deux exemples ci-dessous :


Le film prétend qu'il a été prouvé qu'un régime sans viande améliore la santé cardiovasculaire. Dans l'étude de référence (the Adventist Health Study-2), les participants ont du arrêter de manger de la viande, de fumer et de boire, se sont mis à faire de l'exercice, ont rejoint une communauté, ont suivi un programme pour réduire le stress. Qui peut dire que l'amélioration de leur état de santé est liée à l'arrêt de la viande?


L'expérience sur l'érection décrédibilise complètement le film car elle n'a absolument aucune valeur scientifique. Un faible échantillon, pas de groupes de contrôle permettant de comparer, pas de revue par des pairs. Le chercheur le reconnait lui-même, cela ne prouve rien. Alors à quoi bon présenter cette expérience qui ne prouve rien et induit en erreur?


Le témoignage des sportifs

Plusieurs sportifs sont interviewés dans l'idée de démontrer qu'un régime sans viande améliore les performances sportives. D'une façon générale, quelques exemples ne prouvent rien et restent anecdotiques. Mais puisque c'est utilisé dans le film pour convaincre, examinons quelques-uns des exemples cités :

- P. Baboumian : ce n'est pas précisé mais son alimentation inclue beaucoup de protéines végétales en poudres qu'il mange sous forme de milk-shake. Est-ce pertinent de le prendre en référence? Souhaitons-nous encourager l'usage de ces poudres?

- A. Schwarzenegger : il n'est pas strictement végétarien car il mange des oeufs. N'est-ce pas induire en erreur que de ne pas préciser cela?

- Les boxeurs : on voit le combat entre deux boxeurs, puis le végétarien bat l'omnivore. Pourquoi citer cet exemple alors que quelques semaines après, l'omnivore a battu le végétarien? L'histoire est présentée de manière incomplète.

- Morgan Mitchell : c'est la championne australienne du 400 m pendant 3 ans consécutif. Après 2017, son niveau a vraiment chuté et elle a souffert de problèmes mentaux. Là encore, une partie importante de l'histoire est oubliée.

- Scott Jurek : j'ai lu son livre "eat & run" il y a un an. J'avais été frappée par son palmarès incontestable. J'avais aussi été marquée par le nombre de blessures dont il a été victime au bout d'un certain temps. Dans le film, on le voit battre un record (en 2015), record depuis plusieurs fois battus par ... des mangeurs de viande !


L'argument écologique

De la même manière qu'il y a agriculture et agriculture, il y a élevage et élevage. Le film ne fait malheureusement pas de distinction.


Les animaux qui mangent des céréales et qui ne sont pas dans les champs posent en effet un vrai problème écologique. Le bilan est complètement différent pour des animaux qui vivent en plein air et mangent de l'herbe. Par exemple, ils utilisent majoritairement l'eau de pluie et en urinant, cet eau retourne naturellement dans la terre. Les émissions de carbone sont faibles voire inexistantes si l'on pratique la rotation.

L'agriculture peut être aussi très polluante et c'est dommage que le film n'en fasse pas état. L'utilisation des pesticides est un désastre écologique qui a conduit à l'épuisement des sols. Certains disent qu'il ne sera bientôt plus possible de cultiver la terre. Dans ce contexte, est-ce raisonnable d'encourager une alimentation végétarienne ?


L'argument éthique

On estime à plus de 7 milliards le nombre d'êtres vivants tués chaque année par l'agriculture: des oiseaux, des insectes, des petits animaux dont l'habitat est détruit ou qui sont tués par les pesticides. La vie d'un ver de terre vaut-elle plus que celle d'une vache? Si tuer pour manger est considéré comme non éthique, alors manger des légumes et des céréales devraient aussi poser des problèmes de conscience.


Il ne faut pas mélanger tuer les animaux et maltraiter les animaux. La maltraitance animale est un sujet qui me tient à coeur. Je sélectionne avec précautions mes bouchers et mon crémier et j'accepte de payer le prix fort. Manger de la viande ne veut pas dire que l'on encourage la maltraitance animale.


Je conclue en citant la psychiatre Georgia Ede, qui utilise l'alimentation pour soigner ses patients: "Ce que tous les régimes alimentaires sains ont en commun ce n'est pas d'être faibles en produits animaux mais d'être faibles en nourriture transformée. Quelque soit ce que l'on mange, il faut à tout prix éviter la "junk food" (...) Eviter les produits animaux c'est prendre de gros risques alors qu'aucun bénéfice n'a pu être prouvé"


* cracking : des aliments bruts sont fractionnés en composants puis chaque composant est vendu aux fabricants de produits. Exemple : Le blé est « cracké » puis vendu sous forme de germe, de son de blé de gluten, de fibres, et d’amidons. Ces composants sont ajoutés aux recettes de produits, parfois après avoir été chimiquement modifiés.


Et vous ? Avez-vous vu le film? Qu'avez-vous pensé?

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